Maria de Faykod, une vie gravée dans le marbre
À travers ses sculptures, Maria de Faykod fait se rencontrer créativité et spiritualité. Après avoir laissé une empreinte indélébile dans les galeries parisiennes et avoir bâti une riche carrière, l'artiste sculpteure, qui consacre sa vie au marbre, a choisi de plonger avec ses œuvres au cœur de la nature.
Il y a les musées traditionnels, dans des bâtiments historiques avec un accueil et des œuvres derrière des vitrines et il y a celui de Maria de Faykod : un espace naturel de six hectares à ciel ouvert dans lequel ses sculptures de marbre sont en symbiose avec la nature. Niché à Aups, un village du Haut-Var, seule une petite route bordée de pins y mène.
Née en Hongrie d’un père médecin et d’une mère professeure de physique et mathématiques, la sculpture comme forme d’expression lui est venue très tôt, telle une évidence : « C’était en moi et il fallait juste que j’en prenne conscience », explique-t-elle.
En 1975, la sculpteure - terme qu’elle préfère à sculptrice - s’installe à Paris avec le statut de réfugiée politique et de grandes ambitions : « Après avoir fui le régime communiste, la première aspiration c’est la liberté. » Naturellement, l’art sacré se dessine comme un moyen d’allier créativité et spiritualité : « En Hongrie, l’art religieux était interdit à l’époque. Aujourd’hui une trentaine de mes sculptures sont exposées dans une chapelle à Budapest.»
L'artiste a façonné des œuvres grandioses au fil des ans. Les dix-sept stations du Chemin de croix, dédié aux malades à Lourdes, en font partie. Un projet d’envergure qui lui a demandé six années de travail entre 2002 et 2008, nécessitant initialement près d'une centaine de tonnes de marbre de Carrare. Pourtant, lorsqu’on l’interroge sur la commande qui lui a le plus apporté, sa réponse est immédiate : « la prochaine » : « Quand je termine une sculpture, je la scrute avec un regard critique, et aussitôt, mon esprit se tourne vers la suivante », avoue-t-elle en caressant affectueusement son fidèle compagnon à quatre pattes, Mowgli, qui réclame lui aussi son lot d'attention. Chaque création est pour elle une nouvelle histoire qui attend d'être révélée dans le marbre.
Après un diplôme à l'Ecole Supérieure des Beaux-arts de Paris, des cours de philosophie et métaphysique à la Sorbonne, une galerie au cœur de la capitale et de nombreuses expositions, Maria souhaitait changer d’environnement : « Il me fallait un endroit avec de la nature. On m’a souvent dit qu’il est trop isolé mais j’y suis depuis des années et chaque jour je me dis que je suis bien. » C’est alors qu’en 1996, son musée éponyme à ciel ouvert voit le jour. Aucune habitation n’est visible depuis le havre de paix de l’artiste, seulement la forêt et des collines en guise d’horizon. La tranquillité et la sérénité sont les maîtres mots de cet espace qui contient le musée où se rencontrent nature, marbre et bronze, mais également l’atelier et le domicile de l’artiste. « Tout est off chez moi. Regardez ! » assure-t-elle en pointant de la main la fenêtre de son salon donnant sur son paisible terrain arboré.
Dans l'intimité de son atelier, où sculptures ; dessins ; maquettes et moulages coexistent, Maria partage sa vision singulière de la sculpture : pour elle, ce n'est ni un métier, ni une passion, mais plutôt une « nécessité d'existence », aussi vitale que l'air qu'elle respire.
Emilie Betbeder
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